Avis d’un général* sur le propos du général LANATA

*ayant de la famille proche dans l’armée cet officier général à la retraite n’a pas souhaité que l’on divulgue son nom.

Monsieur le Directeur de l’A S A F

Je viens de prendre connaissance des « Réflexions » du Général LANATA, relatives à l’affaire dite des Généraux, publiées dans le cahier N°131 de l’ASAF (Association de Soutien à l’Armée Française).

Je n’ai pas l’intention de polémiquer avec ce Haut Gradé dont les compétences et la science surpassent largement celles dont je peux faire état.

Certes ce haut personnage prend avec modération la défense des Frères d’Armes qui ont exprimé, trop publiquement peut-être, leurs sentiments sur l’état actuel de la France que la classe politique et la Presse cherchent à dissimuler aux yeux des citoyens.

Ils ont leurs raisons !

Mais les militaires ont aussi leurs raisons à faire valoir… Il leur faut souvent se trainer le nez dans la boue, se frayer un chemin à travers mille dangers, veiller en permanence sur leurs camarades. Car c’est tous les jours qu’ils exposent leur vie et la tranquillité de leur famille.

Les anciens conflits (INDOCHINE, ALGÉRIE) sont terminés depuis longtemps. Mais sait-on tout ce que les combattants de ces guerres ont eu à supporter pour tenter de respecter la parole qu’ils avaient solennellement donnée aux populations placées sous leur protection et qu’ils ont été contraints d’abandonner en reniant leur serment.

Qui connaît aussi les ordres de « SILENCE SUR LES RANGS » donnés aux jeunes militaires imprudemment exposés aux irradiations lors des essais nucléaires au SAHARA (Reggane et In Amguel). Combien en ont été victimes ? Et pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que le préjudice de ceux qui en ont été victimes soit reconnu.

Chaque génération du feu a connu des situations tragiques qu’elle a su dominer avec foi. Mais chacune a été profondément marquée psychologiquement et a conservé des traces dont elle ne tient rigueur à quiconque puisque le risque était connu et assumé.

Puis-je poser une question à tous nos « HAUTS » responsables militaires et politiques qui chaque année ( jadis tout au moins) recevaient et synthétisaient les « RAPPORTS sur le MORAL » rédigés par tous les chefs des formations militaires ? Ces rapports, s’ils étaient rédigés par des gens sincères ( hors de toute contrainte), devaient faire apparaître les malaises psychologiques ressentis par leurs subordonnés, malaises qui ne se rapportaient pas aux seules conditions de vie ou à des problèmes matériels.

Or, je ne me souviens pas avoir perçu beaucoup d’échos de ces rapports dans les synthèses officielles

Maintenant ce que des militaires , retraité ou en activité, déplorent c’est de voir leur pays auquel ils ont consacré toute leur vie, sombrer dans un flagrant désordre dont la presse se fait parfois écho.

Sans doute ; le métier de CHEF, politique ou militaire, est très difficile. Mais il faut l’assumer dans le respect des engagements pris et de la parole donnée.