mardi, 28 septembre 2021
« La meilleure des opportunités se trouve dans la pire des situations »
Nicolas Machiavel

Les soldats français en Afghanistan sont-ils morts pour rien ?

Cette question, posée fréquemment depuis la récente victoire des Talibans, recèle une lourde ambiguïté. Sur le plan de l’éthique militaire, en effet, un soldat mort en service commandé ne meurt pas pour rien. Il meurt en assumant le risque essentiel de la fonction sociale qu’il a choisie ou que le devoir lui a imposée. Le soldat mort est donc juste et vrai. Et ce propos s’applique aussi à l’Afghanistan. Car l’armée française n’a pas démérité durant cette guerre. Au contraire, tous les observateurs ont pu remarquer son dévouement, son professionnalisme, et aussi son calme, sa réserve dans le succès comme dans l’adversité. Lorsque l’ennemi était frappé d’un coup au but, les troupes américaines ou britanniques exultaient et hurlaient de joie. Les Français, eux, restaient impassibles. Selon le mot du Roi Louis XV à Fontenoy, « le sang des ennemis est aussi le sang des hommes. » Non, nous n’avons pas à rougir de nos troupes dans cette guerre. 

Les choses sont bien différentes si l’on se place sur le plan de la géopolitique, mais là, ce n’est plus le soldat qui est en cause, mais celui qui lui donne des ordres. « Cedant arma togae *», comme l’écrivait Cicéron. De fait, la France n’intervint dans cette guerre que comme alliée des Etats-Unis, et ce conflit n’avait rien à voir avec nos intérêts directs, ni même avec le simple bon sens. Car il ne pouvait pas être gagné. Intervenir dans un pays en proie à la guerre civile, entouré de prédateurs, doté d’une géographie incroyablement inhospitalière, n’est pas une besogne facile. En effet, tous les conquérants, de la Perse impériale à l’Union soviétique en passant par les Mogols et l’empire britannique en avaient été chassés sans gloire. C’aurait été cependant possible si les USA avaient tenu compte de la culture et de l’histoire de la région conquise en 2001, en favorisant la restauration d’un Etat national afghan issu d’une expérience multiséculaire. Au contraire, l’arrogance messianique du gouvernement néoconservateur de Bush le jeune se fixa pour but de construire un clone démocratique de la république américaine. Il ne put mettre sur pied qu’un état fantoche, en proie à la corruption et au chaos : deux ans après l’écrasement des talibans, que les USA avaient d’ailleurs créés de toutes pièces avec l’aide du Pakistan, des régions entières étaient à nouveau sous leur domination. Pendant vingt ans, les occidentaux s’efforcèrent de garder sur pied une armée loyale portée à bout de bras, mais l’issue de cette tentative était inéluctable, face au mépris et à la haine des populations. Les lamentations de la presse sur le malheur des afghans sont donc dérisoires. 

Comment donc la superpuissance américaine a-t-elle pu s’embarquer dans une aventure aussi insensée ? Pour répondre à cette question, il faut admettre que l’enrôlement de ses alliés n’était pas motivé par le désir d’un projet viable, mais par celui de maintenir leur sujétion par la soumission à un commandement militaire unique à un moment où, par suite de l’effondrement de l’ennemi soviétique, l’OTAN n’apparaissait plus comme indispensable, du moins vu d’Europe ; et comme le principal atout des USA était – et est toujours – l’immense supériorité de son armée, il était logique de forcer l’assujettissement de ses alliés dans des guerres idéologiques totalement étrangères à leurs intérêts. D’où les interventions en Irak, en Syrie, en Libye et en Afghanistan. La guerre afghane n’était pas l’expression d’une volonté de juguler les « ennemis de l’occident », mais de s’assurer la docilité des pays d’Europe.

Une réponse

  1. Nos politiciens arrogants et donneurs de leçon ont la prétention d’aller faire la police chez les autres tout en étant parfaitement incapables de maintenir l’ordre et la sécurité en France.

    Tandis que nos jeunes soldats se font tuer en opex à des fins pas toujours évidentes, en France, nos policiers et nos gendarmes se font massacrer.

    Encore dernièrement, des slogans hostiles à nos camarades policiers, se sont fait entendre à la fête des communistes français. Comment nos policiers dans ces conditions arrivent encore à faire leur travail, alors qu’on leur crie “Suicidez-vous”, que l’on vient les assassiner jusque dans leurs foyers, qu’ils sont livrés à la vindicte des voyous sur les réseaux sociaux, que leurs enfants sont menacés et insultés à l’école. C’est pour moi un mystère.

    Comment peut-on en arriver là ? Qui sont les coupables ? Quant seront ils jugés ?

    Nos policiers et nos gendarmes comme nos soldats sont les fils de la France. Ils ont choisis de la servir au péril de leur vie. Ils sont nos frères, nos parents, nos cousins, nos amis.

    D’où vient cette dérive et qui sera à même de la faire cesser ? Qui est responsable d’avoir mené cette nation à ce degré d’abêtissement, d’avilissement ?

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