Tombes de soldats à l’abandon

Tombes de soldats à l’abandon : sauvons la Mémoire de nos Morts pour la France !

Pour lutter contre l’abandon des tombes de nos soldats morts pour la France et faire honneur à leur mémoire, Philippe Benassaya, député LR des Yvelines, voudrait obliger les communes à pourvoir à leurs entretiens. Tribune.

Il ne fait pas bon, aujourd’hui, de convoquer la Mémoire, cette vieille conception de réacs déchaînés ! Place à l’effacement de l’Histoire, à la réécriture du roman national que d’aucuns tentent de porter sur la place publique. On voit bien, derrière ce vacarme dogmatique assourdissant, le lent travail de déconstruction entrepris par une frange radicale souvent à l’extrême gauche de notre échiquier politique, paradoxalement admirative de tout ce qui vient des États-Unis. Car l’objectif est là : faire de notre pays une mosaïque sans frontières de communautés repliées sur elles-mêmes, pour en finir avec ces valeurs bourgeoises que sont la nation, la patrie, la France. C’est la poursuite du vieux combat soixante-huitard, mais en pire.

Il est donc bien difficile, dans ce contexte de « cancel culture », de sensibiliser notre jeunesse, ou plutôt une certaine jeunesse engagée parfois dans les culs-de-sac de la marginalité, sur la question d’une Mémoire collective et fédératrice, notamment sur celle de nos glorieux combattants de la liberté. Ceux que l’on dénomme les « Morts pour la France ».

Il faut savoir se perdre dans les allées des cimetières de France, entendre le gravier crépiter sous nos semelles, flâner entre les sépultures de ces soldats sous une pluie fine et glaciale d’un novembre maussade, pour prendre conscience de la tâche qui nous attend tous. La tâche ? Quelle tâche ? Ces tombes laissées à l’abandon. La faute au temps qui passe, à l’extinction de familles, à l’éloignement : 500 000, selon le Souvenir français, l’association créée en 1887 et qui fait vivre au quotidien la mémoire combattante française. C’est pourquoi j’ai décidé de déposer une proposition de loi, avec mes collègues du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, qui crée l’obligation pour les communes, en cas de constat d’abandon d’une sépulture d’un Mort pour la France, de pourvoir à son entretien. Ainsi, il revient à la collectivité de prendre en charge le travail de Mémoire pour que le souvenir de ces soldats d’un monde englouti ne s’éteigne pas dans une froide et inhumaine indifférence. Ils ne méritent pas ça…

Quand j’étais maire, de ma propre initiative, j’ai toujours eu à cœur de faire entretenir ces sépultures abandonnées, parfois endommagées de soldats morts pour la France ou d’anciens maires de ma commune : ici, une petite plaque tricolore à rajouter ; là, une inscription à rafraîchir, ou encore quelques bouquets déposés avec des collégiens parce que la transmission de la Mémoire est vitale, urgente dans un pays aujourd’hui fragmenté par la violence terroriste, identitaire ou communautaire, replié sur des obsessions égocentriques et dangereuses. Notre époque est à la destruction du sentiment national, au nom d’un négationnisme historique et d’un individualisme « genré ». Attention, Mémoire en danger !

Mais les grandes nations sont un bloc. Elles savent d’où elles viennent et où elles vont. Elles franchissent à pas de géant des horizons lointains parce qu’elles sont solidement reliées par ce fil invisible qu’est la Mémoire des siècles passés. Comme un cordon sanitaire autour de ces débats de destruction massive de notre culture. La France doit se souvenir, fièrement, pour aller de l’avant avec audace et enthousiasme. « Les arbres aux racines profondes, a écrit Frédéric Mistral, sont ceux qui montent haut ».

Par Philippe Benassaya pour Valeurs Actuelles